Au cœur du 10ᵉ arrondissement parisien, à deux pas du Canal Saint-Martin, au 35 rue des Vinaigriers, se cache l'une des plus anciennes manufactures encore en activité de la capitale. Son nom : Maison Poursin. Sa spécialité : la bouclerie en laiton, depuis 1830. Et son histoire dépasse de très loin celle d'un simple atelier.
De Louis-Philippe à Elizabeth II : presque deux siècles d'histoire royale
L'histoire de Poursin commence sous le règne de Louis-Philippe 1ᵉʳ, dont la maison devient l'un des fournisseurs officiels. À cette époque, on y fabrique les gibernes des soldats napoléoniens, les ornements de carrosses et tous les harnais d'attelage pour chevaux et diligences.
La qualité du savoir-faire fait rapidement parler d'elle : Maison Poursin remporte des prix prestigieux aux Expositions universelles de 1880 et 1914. Mais la consécration arrive en 1953 : l'atelier parisien équipera, en partie, les huit chevaux du carrosse d'Élisabeth II le jour de son couronnement.
Ce n'est pas tout : aujourd'hui encore, Maison Poursin compte parmi ses clients historiques la Garde républicaine, le Cadre noir de Saumur, ainsi que plusieurs gardes royales d'Europe. Elle approvisionne également l'ensemble des haras et selliers de France.
1890 : des gestes inchangés depuis 130 ans
Le secret de Poursin tient en une statistique vertigineuse : depuis 1890, toutes les étapes de fabrication sont restées rigoureusement identiques.
Chaque ardillon réclame un outil d'assemblage spécifique. Chaque boucle a sa matrice, sa machine et son ouvrier dédié. Une organisation artisanale qui fait toute la différence et explique pourquoi la qualité Poursin reste à ce jour inégalée.
Le matériau, toujours le même : le laiton. Résistant, recyclable, inoxydable, et même doté de propriétés antibactériennes récemment redécouvertes. Bref, un métal aussi noble qu'écologique.
Sauvée par Karl Lemaire, défenseur des manufactures françaises
Cette belle histoire aurait pourtant pu s'arrêter. Au bord de l'agonie au milieu des années 2010, Maison Poursin est sauvée in extremis en 2016 par Karl Lemaire, à la tête du groupe AC.DIS depuis 1994.
Avant elle, Karl Lemaire avait déjà sauvé la fonderie Atelier Montlouis (2003) et la prestigieuse Daudé Fabrication (2013), inventeur de l'œillet métallique. Sa philosophie tient en une phrase :
« On peut travailler comme avant, venir voir sur place les ouvriers travailler un produit commandé sans systématiquement passer par un dessin envoyé par ordinateur au bout du monde. » — Karl Lemaire
Une déclaration qui résonne particulièrement à l'heure où le retour aux savoir-faire locaux et à la production artisanale redevient un véritable critère de luxe.
Le luxe, c'est aussi cela
Vous croiserez peut-être un jour un cheval de la Garde républicaine défiler, ouvrirez le fermoir doré d'un sac Lanvin, ou apercevrez l'étrier d'un cavalier du Cadre noir. À chaque fois, il y aura peut-être, derrière cet objet, un siècle et demi d'histoire, une machine d'avant-guerre, un ouvrier parisien, et le geste précis qui transforme une feuille de laiton en pièce d'exception.
Le luxe, ce n'est pas seulement ce qu'on voit. C'est aussi tout ce qu'on ne soupçonne pas — et qui se cache, par exemple, derrière une simple boucle, au 35 rue des Vinaigriers.
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